La saga Joshuu Sasori, où quand l’éventuel nanard devient bonard.

Joshuu Sasori, ou Female Convict Scorpion en anglais, est une saga composée de nombreux films (un nouveau doit d’ailleurs sortir en 2008) dont on retiendra surtout les 3 premiers de bonne qualité grâce a leur combo Meiko Kaji / Shinya Ito. La première en temps qu’actrice complètement envoutante de par son regard pénétrant et le second, réalisateur, génie de la photographie et de la mise en scène, insufflant une idée derrière chaque plan.
Mais d’abord, qu’est-ce que la saga Joshuu Sasori ?

Adaptation du manga éponyme (connu, enfin surement au Japon) de Toru Shinohara qui raconte, grosso modo, l’histoire de Matsu aka Sasori (scorpion), une femme au regard rempli de haine ne parlant presque pas (2 répliques seulement dans le second film de la saga) qui après avoir été trahie par l’homme qu’elle aime et avoir voulu se venger de lui, finit en prison.

Les différents épisodes de la saga racontent donc sa vie en prison : les persécutions des matons et de ses codétenues, ses évasions..

J’entends les sceptiques me dire : « Han du WIP (Women In Prison), c’te genre racoleur juste fait pour assouvir les fantasmes de certains en voyant les détenues sous la douche « . Bah oui, c’est clairement du film d’exploitation, du Pinku Eiga en plus (un genre de cinéma érotique soft japonais); nous sommes en 1972 et c’est à la mode à l’époque les histoires de femmes en prison. Donc on a le droit à la panoplie de clichés propres aux WIPs : violence et abus sexuels sont présents tout au long de ce film, l’héroïne se faisant violer, battre à mort, voir même crucifier, le tout servi par des acteurs qui font dans la caricature à fond les ballons (faut voir le directeur se prendre un bout de verre dans l’œil et ne pas broncher ^^ »).

rien a déclarer

Rien à déclarer.

Mais si on dépasse ces défauts, cette saga est bien plus qu’un vulgaire film d’exploitation, déjà dans son propos:
La saga se veut profondément féministe, d’une manière violente Matsu est l’instrument de la vengeance de la femme dans un Japon profondément machiste où le rôle de la femme est d’accepter son sort en silence. Toute les femmes de la série ont été malmenées, trahies ou violées par des hommes qui sont tous des salauds en puissance. Le film dénonce aussi le manque de réaction de ces femmes qui subissent, de leur plein gré, cette domination en bonnes femmes soumises. Matsu est a l’opposé d’elles, le regard fier ne laissant jamais passer un cri de douleur pendant les passages de viol ou de torture. Elle est la femme forte qui n’a pas peur du mâle et qui n’a rien à lui envier en férocité, si ce n’est que la sienne n’est pas gratuite. Contrairement à ces derniers, Matsu tue par vengeance et non par plaisir, ainsi elle a dépassé sa condition de femme soumise en se retranchant dans la haine des hommes.

Et quand Matsu se venge ça donne des scènes stylisées, récurrentes à chaque épisode, où l’héroïne revêt une tenue et un grand chapeau noirs, qui deviendront une marque de fabrique de la série, pour mettre fin à la vie de sa proie de façon spectaculaire.

oh mon chapeau tout est le plus des chapeau

Oh mon chapeau ! tu es le plus grand des chapeaux

Les autres femmes qui accompagneront Scorpion ont elles aussi bien souvent un lourd passé (inceste, viol, meurtre …) ayant un rapport aux hommes, la plupart les haïssant, mais d’autres comme l’une des sept prisonnières dans « Elle s’appelait Scorpion », qui ne veut s’enfuir que pour une chose : retrouver son petit-ami, montrant son acceptation de cet état de soumission.

L’autre gros point fort de la série est la réalisation de Shinya Ito. Il ose énormément, puisant dans divers genre son inspiration, du western aux films de fantômes en passant par le théâtre et bien d’autres, qui, accouplés à un vrai sens de la photographie et du cadrage bien sentis, donne des scènes complètement hallucinantes où chaque détail est étudié pour sa symbolique (son jeu sur les couleurs, entre autres, est remarquable) et son esthétisme.

Ainsi on aura des scènes cultes entre onirisme et horreur, des tableaux magnifiques donnant un peu de poésie dans ce monde dur qu’est l’univers carcéral.

red alert !

red alert !

le camping cest fantastique

Le camping c'est fantastique.

Enfin le dernier point fort, et non des moindres, c’est Meiko Kaji.

Née en 1947, de son vrai nom Masako Ota, cette actrice au physique superbe qui incarnera la froide vengeance avec son regard pénétrant dans bien des films, est une icône du cinéma japonais des années 70 connue jusqu’en Occident grâce a son rôle de Sasori, mais surtout celui de Yuki dans Shurayukihime (Lady Snowblood ), autre film mémorable (et probablement mon prochain article ^^ »).

Dans Joshuu Sasori, elle interprète avec un charisme incroyable la femme scorpion, terriblement mortelle, attendant silencieusement le moment de tuer sa victime. Son silence dans le film renforce encore la facette beauté mystérieuse et vénimeuse (effet encore renforcé par le fait que les autres acteurs, eux, surjouent).

Mais elle n’est pas qu’actrice : elle est aussi chanteuse, et le thème principal du film -qu’elle chante superbement bien- donne des fois à la série un air de western à la Sergio Leone, air déjà présent avec l’utilisation du cinémascope, l’extrême largeur des champs ou au contraire les zooms fixes sur les visages qui sont présents dans Joshuu Sasori comme chez ce cultissime réalisateur. (voir vidéo ci dessous)

Et quand aux instrumentaux, ils sont signés Shunsuke Kikuchi, le compositeur de la zick de Dragon Ball et ça se sent, notamment dans les musiques de suspense que l’on a l’impression de très bien connaître ^^

Conclusion : Joshuu Sasori dépasse sa condition de simple film de WIP par son caractère anarcho-féministe (il faillait oser quand même car le WIP est fait pour un public masculin, qui à mon avis n’est pas féministe pour un sou… au contraire) et une réalisation qui enchaine les expérimentations visuelles, rappelant l’origine qui est la sienne : un manga (ce qui explique aussi les personnages si caricaturaux).

wow le lsd est puissant

Qui sortira ce soir dans Koh-lanta ?

Les trois premiers films forment un triptyque cohérent (le second étant vraiment l’œuvre centrale), malheureusement les suivants semblent plonger dans les défauts du film d’exploitation en oubliant tout ce que qu’avait d’original la série, sûrement à cause du départ de Meiko Kaji et de Shinya Ito.

On comprendra aisément pourquoi Quentin Tarantino dit le plus grand bien de cette saga et lui rend hommage en reprenant la chanson de la belle Meiko dans son Kill Bill (et je parle même pas de Lady Snowblood, sur lequel il a pris la musique, mais aussi le thème principal, les bruitages, etc… Mais j’en reparlerai dans un prochain article), tant lui et Shinya Ito ont en commun.

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Joshuu 701-gô: Sasori

(Female Prisoner #701: Scorpion //La Femme scorpion):

Metteur en scène: Shunya Ito
Scénariste: Fumio Konami et Hirô Matsuda, d’après le manga de Tooru Shinohara
Date sortie : 25 août 1972
Genre: woman in prison
Pays: Japon.
Distribution: Meiko Kaji : Nami Matsushima (Sasori)|| Rie Yokoyama : Katagiri|| Isao Natsuyagi : Sugimi|| Fumio Watanabe : Warden|| Yayoi Watanabe : Yukiko Kida|| Yôko Mihara : Red-Haired Bully|| Akemi Negishi : Otsuka|| Hideo Murota : Okizaki

résumé: Après avoir été trahie par l’homme qu’elle aimait, Matsu, surnommée Sasori, va tout faire pour s’évader de prison et assouvir sa vengeance. (source Wikipédia)

mon avis: Le duo Ito/Kaji fait mouche, les grands thèmes de la série sont déjà présents. Son plus gros défaut est surement d’être tout simplement le premier de la saga, et donc peut-être qu’Ito avait moins de liberté (venue avec le succès du 1er), ce qui en résulte l’épisode le plus marqué par les clichés du genre (la scène saphique avec Meiko -même si elle est plus où moins justifiée-, ça colle pas au personnage), alors que les autres en sont déjà très très marqués …

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Joshuu sasori: Dai-41 zakkyo-bô

(Female Convict Scorpion Jailhouse 41\\elle s’appelait scorpion)

Metteur en scène: Shunya Ito
Scénariste: Shunya Ito, Hirô Matsuda et Fumio Konami, d’après le manga de Tooru Shinohara
Date sortie : 30 décembre 1972
Genre: women in prison
Pays: Japon
Distribution: Meiko Kaji : Nami Matsushima (Sasori)||Fumio Watanabe : Inspecteur Goda||Kayoko Shiraishi : Oba|| Yukie Kagawa : Haru

Resumé: Matsu, surnommée Sasori, est une prisonnière rebelle, haïe et maltraitée par le directeur de la prison. En rentrant d’une journée de travaux forcés, Mastsu s’échappe en compagnie de quelques autres prisonnières. Le directeur de la prison fera tout pour les retrouver, mortes ou vives. (toujours Wikipédia trop la flemme >_<)

mon avis: Le premier que j’ai vu, grâce à Jean-Pierre Dionnet dans son cinéma de quartier sur Canal+ (à l’époque où c’était une bonne chaine …). C’est le film à ne pas manquer.
Sorti 4 mois après le premier opus grâce à son succès, cette fois-ci on prend un peu l’air pour donner la pleine mesure du talent photographique de son réalisateur car ici scorpion et ses 6 « copines » s’échappent et le WIP en devient un road movie psychédélique dans lequel Sasori évolue en silence, poursuivie par la police et avec des complices qui n’ont aucune affection pour elle ( pour caus, elles venaient de la battre à mort quand elles se sont échappées).
Un must absolu qui reprend tous les thèmes de Joshuu 701-gô: Sasori mais en les poussant à fond, si il n’y a qu’un film de la saga à voir, ce serait bien celui là.

divers: La VF est plutôt sympathique.

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Joshuu sasori: Kemono-beya

(Female Prisoner Scorpion: Beast Stable|| La tanière de la bête)

Metteur en scène: Shunya Ito
Scénariste: Hirô Matsuda, d’après le manga de Tooru Shinohara
Date sortie : 29 juillet 1973
Genre: women in prison
Pays: Japon
Distribution: Meiko Kaji : Nami Matsushima (Sasori)||Mikio Narita : Detective Kondo|| Reisen Lee : Katsu|| Yayoi Watanabe : Yuki|| Koji Nambara : Sameshima|| Takashi Fujiki : Tanida||Tomoko Mayama : Shinobu||Nobuo Yana : Adachi

Résumé: Suite à son évasion, Nami, surnommée Sasori, est activement recherchée par la police. Elle leur échappe dans le métro, après avoir coupé le bras d’un inspecteur, et trouve refuge dans un quartier sordide, chez une prostituée.

mon avis : Vu il y a un moment et d’un œil, j’ai du mal à bien m’en souvenir, il ne me laisse qu’une vague impression (sauf la scène du début complètement dingue avec Sasori qui court un bras accroché à ses menottes >_<), un peu plus sombre tant dans le scénario que dans le visuel (ce qui vaudra a Ito d’être renvoyé pour ne pas avoir suivi les attentes des spectateurs qui voulaient du copier/coller …),une ambiance plus polar loin de la prison vu que tout le film se passe à l’extérieur de la prison, en ville.
J’ai moins adhéré, mais je lui laisserai une autre chance car je n’en ai vraiment qu’un très vague souvenir et qu’il a une bonne réputation auprès des fans.

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Joshuu sasori: 701-gô urami-bushi

(Female Prisoner Scorpion: Grudge Song\\la mélodie de la rancune)

Metteur en scène: Yasuharu Hasebe
Scénariste: d’après le manga de Tooru Shinohara
Date sortie : 1973
Genre: women in prison
Pays: Japon
Distribution: flemmeuh …
mon avis: pas vu, je le ferai mais que pour Meiko Kaji surement.
divers: à la suite de cet épisode, Meiko décidera de se retirer elle aussi et quitte la Toei, suite au départ de Ito. Mais aussi car on la voyait trop à poil …

La Nouvelle Femme Scorpion – Prisonnière n° 701et La Nouvelle Femme Scorpion – Cachot X  heu la flemme on verra quand j’aurai mon coffret dvd regroupant les six premiers films.

Sinon v’la les titres des films qui suivent la saga et qui ne sortiront de toute façon surement pas dans nos contrées:
1976 : New Female Prisoner Scorpion: #701 (Shin joshuu sasori: 701-gô), de Yutaka Kohira
1977 : New Female Convict Scorpion Special: Block X (Shin joshuu sasori: Tokushu-bô X), de Yutaka Kohira
1991 : Scorpion Woman Prisoner: Death Threat (Joshuu sasori: Satsujin yokoku), de Toshiharu Ikeda
1997 : Sasori in U.S.A., de Daisuke Gotoh
1998 : Scorpion: Double Venom (Sasori: Joshuu 701-gô), de Ryôji Niimura
1998 : Scorpion: Double Venom 2 (Sasori: Korosu tenshi), de Ryôji Niimura

Bref pour finir MEIKO KAJI FTW !!!! Et c’est tout.

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3 réponses à “La saga Joshuu Sasori, où quand l’éventuel nanard devient bonard.

  1. J’en avais entendu parler y’a pas longtemps, dans mad movies ptetre ça a l’air interessant comme série de flims

    Joli article, tu nous en fait un sur les gun crazy maintenant ? 🙂

  2. Hey mais je voulais voir cette série de films ! Faut juste que je réussisse à les trouver…
    Cet article me donne, en tout cas, encore plus envie de voir ces films (je veux aussi le chapeau de l’héroïne! :p)!

    Merci. 🙂

  3. Pingback: El apostolado de la venganza: Meiko Kaji es “Sasori” y te está mirando. Cárceles infernales y deberes mitológicos de bajo presupuesto, la tetralogía Female Prisoner#701:Scorpion « Esbilla cinematográfica popular

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