Batman : War On Crime

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On ne change pas une équipe qui gagne, comme qui dirait, et on salue pour la peine le retour du duo que forment Alex Ross et Paul Dini, toujours dans le format one shot. Après un opus très remarqué sur le surhumain Superman, les duettistes s’attaquent cette fois à une autre icone de la franchise DC : Batman, le superhéro bankable de l’année. Mais encore une fois, Ross et Dini délaissent l’aspect grosbill d’affrontements contre des super méchants super-pas-beaux, et se concentrent sur Batman, sa psychologie, sa construction identitaire et ses contradictions.

 

Batman, un mythe à figure humaine

Si Bruce Wayne est un orphelin, Alex Ross axe une grande partie de sa narration sur le fait que Batman est, lui, un enfant du crime et de la violence. Il démonte la stratégie de lutte contre la criminalité de la chauve-souris de Gotham City : un fantôme, exerçant une pression indirecte sur les criminels. Batman se cache du public et des médias pour rester un mystère, les seuls récits qui peuvent donc en être faits sont essentiellement ceux des criminels qu’il affronte et dont il annihilie les velléités destructrices en usant de sa force colossale. Marqués par la panique de leur rencontre avec l’homme masqué, les vaincus livrent un récit souvent exagéré, voire halluciné du personnage, ce qui a pour conséquence de faire de Batman un mythe. Le fléau des criminels. Ce dont il va bien sûr se servir à son avantage lors de ses affrontement nouveaux, tirant parti de la panique instinctive que sa seule présence inspire aux criminels.

Ironiquement, Batman est le fruit d’un crime violent et absurde, et pourtant il a su s’approprier ce drame pour lui-même nourrir son mythe grâce aux criminels. Combattre le feu par les flammes, et ainsi poursuivre sa destinée, à la recherche de la rédemption.

La rédemption, le vrai thème de ce One shot. Car si Batman est le symbole de l’espoir d’un retour de justice et de paix sociale dans les rues de Gotham City, sa naissance est avant tout l’acte fondateur de la mort de Bruce Wayne et de ses aspirations à une sérénité et un bonheur personnels. Après la mort tragique de ses parents, Wayne fit le choix de sacrifier ses privilèges et ses ambitions à Batman : son intelligence, son corps surentraîné, ses ressources et ses relations publiques et politiques. Tout a pour but de servir la soif de justice de Batman, Bruce étant relégué au rang d’acteur, comme dans l’ombre d’une destinée plus grande que lui. Batman vit dans l’obscurité et au contact des plus vils instincts humains, Wayne est mort parmi ses pairs de la haute société. Mais Alex Ross va le ranimer.

 

Bruce Wayne dans la tourmente de sa conscience

Par le jeu d’une double rencontre entre Batman et du jeune adolescent Marcus, Ross installe un parallèle troublant entre le parcours de ce dernier et Bruce Wayne. En effet, Batman arrêtera tout d’abord l’homme qui venait de tuer ses deux parents, puis reverra quelques jours plus tard l’adolescent, arme au poing et prêt à faire feu sur le justicier. Et bien que ce dernier parvienne à arracher Marcus de la tentation de se laisser aspirer par les ténèbres de la violence et du crime, cet épisode marquera un trouble profond chez Bruce Wayne.

Était-il vraiment un martyr exemplaire ? La mort de ses parents n’avait-elle pas été plus une bénédiction qu’une malédiction ? Une noble opportunité pour lui de donner un sens à sa vie, d’embrasser une destinée hors du commun ? On pourrait même aller jusqu’à se demander si Batman n’était pas un vecteur de vengeance plus que de justice ? Après tout, lui avait eu la chance d’avoir des gens qui ont su prendre soin de lui, et son héritage le mettait à l’abri du besoin.

Il est maintenant clair pour tout le monde que Batman vacille sous l’édifice fragilisé de la détermination de Bruce Wayne. Pas cool.

 

Batman, un costume ajustable aux épaules de Bruce

Car si la double confrontation entre Batman et Marcus est indéniablement ce qui ravive les doutes et la noirceur de la conscience de sa personnalité civile, c’est également par une action initiale de Bruce Wayne que son double héroïque va réaffirmer la nécessité de son combat global contre le crime. En utilisant l’argent de son entreprise pour aider à la réhabilitation d’un quartier gangréné par le chômage et la criminalité, Bruce se rappelle que si lui a eu la chance de pouvoir reposer sur une fortune et un héritage, redistribuer ses ressources et les employer au service de la communauté est la plus exemplaire des manières de se mettre en accord avec la mission qu’il a assigné à Batman et pour laquelle il a dédié sa vie. Même si son objectif de purger les rues de Gotham City du chaos et de l’anarchie dont elles sont victimes lui est impossible, il retrouve dès lors la force et la foi d’avancer, encore et toujours, pour sauver un enfant après un enfant, rue par rue, dans l’espoir que chacune de ses victoires contribuera à répandre le bien dans un quartier, pour finalement apporter la rédemption à Gotham.

Et finalement, se sauver lui-même en offrant la rédemption à la ville qui l’a maudit jadis, à l’aube de son existence.




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