« Suspendus »… de Franck-Olivier Laferrère

Bonsoir !

Ce soir, il ne sera point question de film et encore moins de film japonais, car ce soir, je vous emmène au théâtre. Je vous emmène à la campagne, dans une petite maison tranquille… enfin… tranquille jusqu’à ce qu’arrive la tornade. Une tornade appelée Louise et qui bouleversera la petite vie simple que s’était fabriqué le propriétaire des lieux, un certain Jean-François. C’est chez lui, dans son univers, que je vous emmène.

Affiche suspendus

Au départ, on fait sa connaissance à lui. Lui qui parle à une figurine qui semble représenter un être cher et disparu. Du moins, c’est ce que l’on devine. Ses mots se sont effacés de ma mémoire, tout comme le nom de cette plage où, pourtant, il est allé plus d’une fois, s’est effacé… Je me souviens juste de ces images projetées au mur et qui, à défaut de réellement raconter quelque chose, illustrent les propos de Jean-François. Après l’avoir écouté, tout de même, on ne sait toujours pas vraiment qui il est, pourquoi on l’écoute et encore moins le sens de ses paroles. Voilà pourquoi je les ai oubliées. Une introduction qui n’introduit pas vraiment, en somme. Je dois dire que ce moment m’a ennuyée.

Ensuite, nous faisons la connaissance de Louise, 20 ans, enragée, condamnée… Il n’est pas difficile de comprendre la nature de cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête, vu qu’elle se réveillait tous les matins avec un mec différent… Elle hurle sa haine envers ce monde consumériste et matérialiste, contre ce monde dans lequel, dit-on : « l’histoire est finie », « les utopies ont toutes déjà été tentées », cette génération sans espoirs et sans rêves et qui est trop gâtée. Pourtant…

Puis vient la rencontre, explosive, forcément. Tout, absolument tout les oppose : l’âge, la façon de voir la vie, le caractère… Tout ! Elle tente d’imposer son univers et son opinion à ceux de son hôte et elle qui ne sait s’exprimer autrement qu’en hurlant et en insultant s’oppose avec force à un Jean-François tout sourire et philosophe, qui encaisse jusqu’à ce qu’elle aille trop loin, c’était inévitable.

suspendus-comediens

Il n’y a qu’à partir de ce moment là que cette pièce a tout à fait réussi à m’intéresser et à me toucher ; vraiment. Avant cela, j’avais l’impression d’entendre des mots vides « beaucoup de bruit pour pas grand-chose » en somme, comme le dit Jean-François. Mais c’est le propre de la jeunesse ; qui n’est jamais passé par là ou par une étape similaire ? Ce sentiment de tout connaître, d’avoir tout vu, tout entendu, tout vécu alors que l’on n’a que 20 ans ! Elle représente presque ce que cette jeunesse a de plus extrême dans sa façon d’être, dans ses idées, dans son mal-être, ses contradictions et aussi dans on hypocrisie.
Ce monde consumériste et matérialiste qu’elle critiquait auparavant lui manquera très vite. Elle ne peut ni ne souhaite se séparer de ce matériel qu’elle vomissait dans son pamphlet : une vie simple est pour elle une vie où il n’y a « rien ».

À l’inverse, Jean-François, surnommé Jeff, est celui qui incarne une certaine sagesse. Celui qui, à presque 50 ans, a vécu des choses difficiles et qui peuvent paraître insurmontables à certains, mais qui a réussi malgré tout à traverser la vie avec le sourire. Lui, a réussi à « remplir » sa vie de simplicité, de ce qui pour Louise n’est que du « vide ».
Cette opposition pourrait sembler caricaturale, mais elle fonctionne.

Entre eux deux se dissimule un troisième personnage, le plus important, celui autour de qui s’articule la pièce. Impalpable, invisible et sournois. Ce personnage dont le nom ne sera jamais donné mais qui est connu de tous. Nul n’est besoin de le nommer pour que sa présence soit réelle. Ce mal que Louise porte en elle et qui la rend si en colère, l’aspect ironiquement « positif » de sa vie pour laquelle elle a tant de haine. Il est partout, détruit et doit être détruit mais dont plus personne ou presque n’a peur. On en a de moins en moins peur, mais on continue de craindre et de rejeter ceux qui la portent.

Devinez qui je suis...

Devinez qui je suis...

Cette pièce – dialogue est donc pour moi un « coup de gueule » contre une société et un corps médical qui a relégué une épidémie qui tue toujours autant en simple « maladie chronique ». Ce vaccin attendu tel le messie sert d’excuse à un relâchement de la vigilance qui semble pourtant être du bon sens. C’est sur ce fait que l’on tente ici de nous faire ouvrir les yeux. Rien n’est gagné, ce mal n’est en aucun cas guérissable, et quand il nous tombe dessus, il ne nous reste plus qu’à se battre.
Pour autant, il n’y a rien à mon sens qui fût moralisateur. On entend et écoute des deux êtres qui souffrent et qui nous emmènent presque malgré nous là où ils veulent que l’on aille.

TAZ

Voici le livre fétiche de Louise.

Et moi, même ça n’était pas gagné au début, j’ai fini par y aller. Quand j’ai réussi à aller au-delà de la façade que montre Louise, j’ai fini par me reconnaître en elle, comme je me suis reconnue en Jean-François. Je pense et espère que chaque spectateur trouve en chacun de ces deux protagonistes quelque chose qui nous aide à porter un autre regard sur nous, sur le monde, ses dérives et ses richesses, et surtout, sur cette maladie qui rôde encore et que l’on se doit de cesser d’ignorer en croyant en un vaccin qui serait apporté par le Père Noël.

Voilà donc la fin de promenade à la campagne, de notre sortie au théâtre. J’espère de tout mon cœur que vous aussi prendrez la personne de votre choix par la main (ou pas d’ailleurs) et que vous irez à la rencontre de ces deux personnes qui, malgré leurs différences, ont pu vivre ensemble et même apprendre à s’apprécier.

Je sais, je ne parle ni de la mise en scène, ni des lumières ou autre. À vrai dire, je ne sais comment en parler. C’est un tout petit théâtre, les aspects techniques sont forcément assez minimalistes, mais nul n’est besoin d’un décor grandiose pour faire une bonne pièce, et c’est la cas ici. Sur ce, je vous souhaite une excellente soirée.
À bientôt

P.S. : Pas de note d’appréciation pour aujourd’hui, je ne saurais vraiment pas donner de valeur chiffrée à cette œuvre.

Les photos sont toutes issues du « my space » de la pièce.

Suspendus, de Franck-Olivier Laferrère
Compagnie Jean-Claude Falet • 20, rue du Docteur-Laffitte • 40090 Bougue
09 75 20 15 45 | 06 81 16 54 02

Durée : 1h15

Direction d’acteurs : Sei Shiomi
Créations images : Séverine Bourguignon
Créations lumières : Philippe Laurendeau
Musique : Yann Laferrère
Costume et graphisme : Toxic Twin
Avec Héléna Soubeyrand et Jean-Claude Falet
www.myspace.com/suspenduswww.myspace.com/labeletoile

theatre-nesle

Théâtre de Nesle, du 7 janvier au 14 février 2009
Du mercredi au samedi à 19h30
8 rue de Nesle – Paris 6
Métro Odéon & Pont Neuf/ parking Mazarine

Tarifs
20 € | 15 € |
Intermittents, étudiants et demandeurs d’emploi…
Tarif spécial : 7,50€

Réservations au 01 46 34 01 04

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4 réponses à “« Suspendus »… de Franck-Olivier Laferrère

  1. Bon bah tant pis les commentaires sont effacés, mais j’y réponds quand même. On me dit qu’il y a « trop d’opinion personnelle ». Heureusement que j’en ai une ! On ne m’a pas demandé de faire un résumé de la pièce mais de dire ce que j’en pense.

    Ah oui j’oubliais. Pas de romance dans cette pièce. Ce serait ridicule, je pense. Et puis j’ai quand même modifié l’article, j’ai mis une image et un indice dans les tag. Maintenant si vous ne comprenez pas de quoi ça parle, je referai l’article.
    Au pire, rien ne vous empêche de vous déplacer et de la voir par vous-même cette pièce, elle en vaut le coup.

  2. J’ai trouvé l’article plutot compréhensible moi… pas compris les remarques.

    Bon article, piece qui semble intéressante, merci m’dame !

  3. Le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des oeuvres, disait en substance ce bon vieil Anatole (France). Quel intérêt pour la chronique, sinon? Laissons les rapports cliniques aux…cliniciens.
    Un bon article, sans l’ombre d’un doute.

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